Parmi la clientèle disparate de l'établissement, il n'était pas compliqué de repérer les habitués des lieux. Si à peu près tout le monde prenait ses aises et faisait comme chez lui, certaines personnes donnaient l'impression de faire partie de l'ameublement, au point que le personnel vigilant ne faisait plus attention à elles. Vous jetâtes votre dévolu sur une quadragénaire suffisamment défoncée à la téquila pour ne pas se souvenir de vous et de vos questions le lendemain. Habillée trop sexy pour être honnête, elle donnait l'impression d'avoir cherché l'amour en vain des mois durant. Avachie seule dans un coin, elle contemplait au fond d'un énième verre le reflet de ses désillusions.
Elle fut si ahurie quand vous vous assîtes en face d'elle qu'elle ne parvint pas à articuler la moindre parole cohérente. Après l'avoir complimenté sur son élégance, vous lui demandâtes si elle avait vu des amis de Mulot ici ce soir. Elle retrouva alors son il de cougar et, se donnant l'air de connaître la fine fleur de l'Oreille Coupée, elle vous indiqua un type qui vous avait remplacé au comptoir. Un succédané de séducteur italien qui arborait une quantité impressionnante de bagues en or.
- On l'appelle Martial. Martial le Fou.
Il parlait avec la barmaid qui vous désigna discrètement du menton. Vous fîtes semblant de regarder ailleurs. Le gommeux sortit dans la rue, le téléphone rivé à l'oreille.
Alliez-vous :
Le suivre dehors, au
831 ?
Tenter de soutirer davantage de renseignements de votre interlocutrice ?
(rendez-vous pour cela au 1123)
Ne pas rester ici plus longtemps et vous en aller avant que cela ne sentît trop le roussi ?
(rendez-vous au 855 si vous êtes le 20 avril, au 952 si vous êtes le 27 avril, ou au 1108 si vous êtes le 4 mai)